Comment gagner (en 6 étapes) des points de QI et rester mince tout en continuant de fréquenter les tables Michelin : « La Guerre des Intelligences »

Le mal dont ils souffrent est mystérieux. Ils ont peur par-dessus tout des êtres faibles, des hommes désarmés, des malades, des femmes, des enfants. Ils ont peur des vieillards.

Au tout début de Kaputt, de Malaparte, le narrateur parle ainsi des nazis.

C’est cette description qui m’est venue à l’esprit en lisant « La guerre des intelligences » de Laurent Alexandre, dont le sous-titre est « Intelligence artificielle versus intelligence humaine ».

Laurent Alexandre est énarque, médecin, et fondateur du site Doctissimo.

Il écrit un livre à la gloire de l’intelligence artificielle.

Je l’ai lu, espérant trouver ici la démonstration que mes réticences au « transhumanisme » étaient infondées, espérant opérer un changement d’opinion sur le sujet – ce ne sera pas le cas.

Le transhumanisme, c’est l’humain augmenté : à la différence de la médecine, qui remet à niveau le corps malade, le transhumanisme souhaite permettre à l’homme de disposer de facultés (mémoire augmentée, par exemple), dont il ne bénéficie pas naturellement – ou dont seuls certains bénéficient par exception, comme une mémoire prodigieuse.

Comme de nombreux ouvrages grand public, ce livre présente un avantage : il fait plus de 300 pages, mais son contenu aurait pu tenir en 5 ou 6 pages.

Le propos du livre est simple :

  • Tout ce que nous permet de faire notre cerveau pourra être fait par l’intelligence artificielle.
  • Vers 2080, l’enjeu pour l’humanité deviendra de défendre la survie du corps physique (p. 17).
  • L’obsolescence du cerveau humain devient une évidence (p. 51) : l’homme sera « transhumaniste » – un homme augmenté.
  • Le QI est le principal critère de réussite d’un homme et l’intelligence artificielle, en greffant des puces dans le cerveau, permettra à chacun d’être très intelligent, et les inégalités se réduiront.
  • Les personnes qui se méfient de l’intelligence artificielle veulent nous ramener en 1950.

Bien que le livre ne soit pas très bon sur la forme, il me semble intéressant en ce qu’il permet de comprendre les fondements idéologiques du « transhumanisme ».

Car il y a un point sur lequel je suis d’accord avec l’auteur : la frontière entre « transhumanistes » et « conservateurs » devient une composante importante de notre conception du monde.

 

1 Les puissants ont forcément raison

L’auteur est énarque et en est très fier.

Comme la plupart des énarques, il semble n’être pas encore revenu de son diplôme.

A la fin du livre, il donne ce conseil à ses enfants : « Surtout ne faites pas l’ENA« , ce qui est la phrase-type de l’Enarque souhaitant faire savoir qu’il a eu ce concours, tout en voulant se montrer détaché de cet incroyable succès.

Le Dr. Alexandre est énarque, mais il n’a pas encore été ministre : comment est-ce possible ? Comment y remédier ?

Une piste se trouve dans la dédicace qui, je l’avoue, a failli me faire refermer le livre aussitôt :

A Jean-Michel Blanquer, le ministre de l’intelligence biologique

A Mounir Mahjoubi, le ministre de l’intelligence artificielle

Ce n’est pas que je n’aime pas Jean-Michel Blanquer ou Mounir Mahjoubi, mais ma tolérance à la flatterie a été mise à rude épreuve.

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Jack Lang avait conseillé au Dr. Alexandre de faire preuve de plus de retenue dans sa dédicace.

Espérons que nos ministres ont lu le Corbeau et le Renard.

Cette dédicace est assez révélatrice des théories de l’auteur.

Pour lui, ceux qui sont puissants et riches le sont forcément parce qu’ils ont plus de valeur que les autres :

Les moyens financiers sont toujours le résultat, à un moment donné, d’une utilité sociale jugée supérieure apportée par les individus (p. 218)

Voilà un postulat qui permet de flatter ceux qui ont du pouvoir sans se poser la question du bien-fondé de leur réussite ou de leurs opinions.

Cette déférence trahit également une volonté de plaire sans doute incompatible avec la prise de risques intellectuelle – et nous verrons que le Dr. Alexandre, même si son livre est plein d’affirmations, prend grand soin de ménager la chèvre et le chou, en contredisant à un chapitre ce qu’il a pourtant soutenu dix pages avant.

Selon l’auteur, la puissance d’un homme – Zuckerberg, Musk – indique qu’il pourra imposer ses idées, et qu’il est par conséquent inutile de chercher à les contrer.

Ce désir d’aller vers ce qui semble inéluctable, au besoin en gommant toute marque d’originalité, d’individualité, est cohérent avec le projet transhumaniste de l’auteur : pour lui, le progrès est bon parce qu’il avance comme un rouleau compresseur.

Se poser la question du bien-fondé d' »avancées » techniques, c’est se battre contre la marée.

Je ne pense pour ma part pas que le fait qu’un homme gagne mille fois plus qu’un autre signifie qu’il ait plus de valeur.

Je n’enfonce pas une porte ouverte ici : ceux qui ont côtoyé des gens très riches, bien plus riches que soi, savent qu’on finit, tôt ou tard, par penser qu’on mérite son revenu, et que, par conséquent, on a plus de valeur (d’utilité sociale, pour reprendre les mots du Dr. Alexandre) que celui qui gagne un smic.

Il me semble qu’il s’agit-là d’un penchant naturel de la nature humaine. Les philosophies traditionnelles nous enseignent qu’il faut se méfier de l’argent. Les transhumanistes n’ont pas cette pudeur. Ils croient à la supériorité du quotient intellectuel (QI), ils pensent que ceux qui ont un fort QI gagnent plus d’argent que les autres : ils ont là leur échelle de valeur.

2 Comment ménager ses arrières : des contradictions nombreuses

L’un des aspects les plus agaçants du livre est que l’auteur se contredit quasiment sur tous les aspects de son argumentation, à plusieurs pages d’intervalle (car le livre n’est pas bien organisé, et on reparle d’un même sujet trois ou quatre fois, sans qu’on comprenne pourquoi).

L’auteur est sans doute un adepte de la « pensée complexe », à laquelle j’ai déjà consacré un post, et qui permet de dire une chose et son contraire sous couvert d’un propos « nuancé » et « complexe ».

Je vois plutôt dans ces failles de raisonnement une pensée mal aboutie. Un petit implant cérébral augmentant les facultés logiques de l’auteur aurait été un plus.

Quelques exemples.

  • Ceux qui refusent d’être augmentés sont-ils des attardés ou des hommes libres?

Plusieurs passages du livre montrent une fascination sans nuance pour le transhumanisme :

L’Europe ne sait que geindre, pendant que le futur se construit ailleurs. L’Évangile des transhumanistes va se répandre comme une traînée de poudre, enchaînant les conversions avec bien plus de rapidité que l’évangile chrétien n’avait pu le faire… La religion transhumaniste pourrait imposer sa loi en quelques décennies, ses apôtres sont déjà, dans les faits, les nouveaux maîtres du monde.

L’auteur revient à plusieurs reprises sur les opposants au transhumanisme : ils sont pour lui passéistes, et d’ailleurs il ne cherche pas à connaître leurs arguments ni à les démonter.

Ceux qui refuseraient d’être « augmentés » seront des « déficients mentaux » :

Les amish de l’intelligence resteront minoritaires… en quelques années, deux humanités apparaîtraient : l’une au QI hyper élevé, l’autre… déficiente mentale… On peut imaginer que l’on pourrait créer un statut particulier pour ces populations, qui percevront une sorte de « minimum social d’infériorité cognitive »… protéger et nourrir les « débiles légers » qui souhaitent le rester, passe encore, mais viendra un moment où leur donner en plus un droit dans les décisions politiques semblera excessif (p. 224)

Mais plus loin, l’auteur indique, lorsqu’il mentionne les dérives de l’IA :

Nous devons pouvoir faire le choix des Amish (p. 278)

Donc il faudrait savoir : refuser d’être « augmenté », est-ce une marque d’attardement ou l’exercice de sa liberté ?

https://i1.wp.com/indigenes-republique.fr/wp-content/uploads/2014/04/alain-finkielkraut-explose-de-colere-dans-ce-soir-ou-jamais.jpg
Il est désespéré : taxé d’attardé par le Dr Alexandre au début du livre, sa pensée finit par être présentée comme une solution aux dérives de l’IA.

Notre esprit n’est pas plus éclairé quand l’auteur reprend l’argument principal des opposants au transhumanisme, qui est la prise en compte des limites inhérentes au statut d’être humain :

La question centrale est finalement celle des limites. Trois lignes rouges doivent absolument perdurer : le corps physique, l’individualisation de l’esprit et le hasard (p. 267).

Je bute : fixer des limites au progrès techniques est-il le signe d’un retard mental inquiétant – ce qui transparaît dans tout le livre – ou celui de la sagesse ?

L’auteur mentionne « le hasard », mais a passé des dizaines de pages à nous expliquer qu’il était bon de pouvoir choisir les caractéristiques de son enfant, de les combiner dans des éprouvettes, et incompréhensible de faire naître un enfant handicapé (p. 190 : « grâce au diagnostic précoce, 96% des enfants trisomiques sont éliminés« ).

Tout ça pour conclure :

Nous ne devons pas vouloir d’un monde où le sexe ne serait pas (p. 275)

  • L’IA réduit-elle les inégalités ou les augmente-t-elle ?

Pour l’auteur, l’IA réduira les inégalités, en donnant à chacun un QI élevé.

Le vrai but de l’économie est de réduire les inégalités, ce qui passe aujourd’hui plus que jamais par la réduction des inégalités intellectuelles (p. 219).

Mais il dit aussi que les implants peuvent augmenter les inégalités:

Il est possible que les implants de type Neuralink augmentent davantage les capacités intellectuelles des gens déjà doués, ce qui accentuerait les inégalités (p. 196).

Là encore, une prise de position ferme aurait été appréciée. Mais cette complexité permettra sans doute à l’auteur de dire « je l’avais bien dit » si d’aventure toutes les affirmations de son livre ne s’avéraient pas vraies.

  • Certaines compétences resteront-elles fermées à l’IA ou non ?

L’auteur indique que l’Homme est en danger, car l’IA pourra bientôt faire tout ce que nous savons faire :

Dans un scénario extrême aucune compétence, même la plus pointue, ne serait inaccessible aux machines (p. 187).

En même temps, il indique que certaines compétences ne subiront pas la concurrence de l’IA :

Les artistes (…) auront toujours leur place (…) La main innovante est imbattable par l’IA et les robots (…) Doté du QI d’un polytechnicien et d’une main inimitable par un robot, Alain Passard est à l’avant-garde des humains imbattables par les automates intelligents (p. 171).

L’auteur, habile, flatte ceux qui peuvent offrir une récompense agréable.

Il aime visiblement bien le Guide Michelin et la bonne cuisine : le Michelin est à nouveau cité p. 274 comme un ilot de compétences à préserver de l’intelligence artificielle.

On espère que les cuisiniers ainsi flattés sauront offrit à notre auteur la preuve fumante qu’il ne s’est pas trompé en les comparant à des génies.

  • Le racisme est-il un bien ou un mal ?

L’auteur se défend d’être raciste, en nous indiquant que si les Africains ont, selon ses études, un QI moins élevé que d’autres, c’est parce que leurs « latrines » sont sales – je caricature à peine.

Pourtant, lorsqu’il compare l’intelligence d’un homme « augmenté » à celle d’un homme refusant d’être augmenté, il ne voit pas comment on pourrait contredire les propos de Jules Ferry sur les races inférieures :

Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures ». Pourquoi voudrait-on que l’IA nous regarde autrement que Jules Ferry regardait les peuples de l’empire colonial ? (p. 254)

  • Les métiers manuels sont-ils protégés ou non?

Plus anecdotique, mais symptomatique d’un livre mal relu, l’auteur ne sait pas bien si les métiers manuels sont voué à disparition :

Dans quelques dizaines d’années, le coût des robots chutera radicalement (p. 182)

Et, plus loin :

Une niche protégée existera pendant encore longtemps pour les travaux manuel peu qualifiés du fait du coût très élevé des robots polyvalents (…) Leur emploi pour ramasser les feuilles des jardins publics (…) n’est pas pour demain. Dans vingt ans peut-être (p. 171).

On ne sait donc plus très bien si les robots coûteront cher ou non, et s’ils seront utilisés pour remplacer les hommes dans les tâches polyvalentes.

Signalons encore cette idée selon laquelle les robots remplaceront les soldats, mais que ces robots seront programmés avec une loi « intangible » : un robot n’aura pas le droit de faire du mal à un humain (p. 258).

De même, en guise de conclusion à ce paragraphe sur les contradictions du livre, notons que l’auteur loue, à un moment, l’esprit critique – mais peut aussi écrire :

Le risque que les GAFA instituent une dictature neurologique en manipulant notre cerveau paraît minime car les géants du numérique comme Google sont imprégnés de culture démocratique (p. 231)

Oui, vous avez bien lu : inutile de se méfier de Google, car il est « imprégné de culture démocratique ». Magnifique.

3 Le culte du QI… mais est-ce un si bon critère de jugement ?

L’auteur indique que le QI est le meilleur moyen de départager les individus : le mérite n’est pour lui pas pertinent, car le nul qui fait de gros efforts pour prononcer un discours médiocre vaudrait selon le critère du mérite mieux que le génie qui n’a besoin que d’une heure pour concurrencer Martin Luther King.

Soit.

L’auteur indique que le QI est héréditaire, et qu’il est faux de penser que l’environnement est responsable d’une intelligente déficiente.

Prise de position courageuse (même si je ne suis pas d’accord, accordons-lui que cette posture n’est pas démagogue).

Mais le QI, on le sait, c’est une pente bien, bien glissante.

L’auteur a l’honnêteté d’aborder de front l’un des problèmes du QI : les test menés par catégories ethniques montrent que les Asiatiques ont des QI plus élevés que les Occidentaux, qui ont des QI plus élevés que les Africains, qui ont des QI plus élevés que…

Et là, vous attendez l’auteur au tournant : si le QI est un critère de valeur, et qu’il est héréditaire, est-ce à dire que les Asiatiques ont plus de valeur que les Occidentaux ?

L’auteur devrait nous répondre que oui, mais il n’a pas envie de faire scandale (cela pourrait compromettre sa carrière). Du coup, il utilise l’arme de la pirouette : les Africains ont selon lui des QI moins élevés parce que les accouchements sont plus difficiles en Afrique (et parce que les latrines y sont sales – SIC, p. 115) – donc il se contredit, parce qu’il nous indiquait plus haut que le QI était héréditaire ; en plus il ne nous explique pas pourquoi les Asiatiques ont un plus haut QI que lui, Occidental.

Bref, on ne saurait que trop lui conseiller d’abandonner le critère du QI pour juger les gens, peut-être que ça lui évitera certaines impasses.

Mais le combat n’est pas gagné : à lire les pages d’éloges sur les gens à fort QI qui émaillent le livre, on se dit que l’auteur a dû faire un test de QI dont le résultat a été flatteur pour lui, et qu’il n’abandonnera pas son idée sans mal.

Pour bien pourvu en QI qu’il soit, l’auteur ne parvient pas à devenir un écrivain agréable à lire. Soyons francs : son livre aurait sans doute gagné à être écrit par un robot.

Il n’est pas une démonstration, mais une compilation de faits.

On ne nous épargne par ailleurs pas certaines phrases laissant penser que l’éditeur ne s’est pas foulé dans sa relecture. Ainsi : « Le printemps de l’IA est bel et bien là, annonçant un été où l’humanité aura chaud... » (p. 72).

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L’éditeur est parti en dépression à la fin du manuscrit. On le comprend.

Enfin, l’auteur, qui s’estime visiblement supérieurement intelligent, cherche – et c’est louable – à donner un peu de profondeur à son récit.

Il cite de grands penseurs – enfin, les phrases les plus connues de grands penseurs, celles qui ne nécessitent pas de les avoir lus.

« Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée » (Descartes) ouvre un chapitre, de même que Montesquieu (« Tout homme qui a du pouvoir est porté à en abuser« ), ou que le mythe de la caverne de Platon, ou encore que la « servitude volontaire » (p. 146).

Heureusement, la citation suffit à créer un halo de culture, et on passe vite à autre chose.

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/0/0a/Paul_Val%C3%A9ry_by_the_Studio_Harcourt.jpg/220px-Paul_Val%C3%A9ry_by_the_Studio_Harcourt.jpg
Un oubli malencontreux : le « nous autres civilisations savons maintenant que nous sommes mortelles ». Dommage, on aurait frôlé le quinté gagnant !

Bref, je reste sceptique sur cette foi accordée au QI.

4 L’eugénisme

L’auteur est eugéniste, il le dit sans trop de problème : « L’école de l’IA est eugéniste et darwinienne » (p. 184).

Chez les humains, les « moins aptes » « cessaient de se reproduire » (p. 184).

Mais aujourd’hui « la société protège les plus faibles« .

L’auteur s’en désole : « aucune amélioration naturelle de notre intelligence ne peut être attendue d’une sélection ainsi réduite à la portion congrue » (l’auteur de ce livre est d’ailleurs une preuve vivante que la sélection a eu des mailles très larges).

Si le Dr. Alexandre cite Le meilleur des mondes (p.188), ce n’est pas pour critiquer une société qui conditionne les êtres humains, mais pour indiquer qu’on ne peut pas vraiment améliorer la race par l’apprentissage, car la génétique a un rôle important dans la transmission de l’intelligence.

Heureusement, l’auteur a une solution : la manipulation génétique d’embryons.

L’auteur déplore que :

Les Français sont ultra bio conservateurs : seulement 13% jugent positive l’augmentation du quotient intellectuel des enfants en agissant sur le fœtus (p. 190).

Les 87% restants ont peut-être de vagues souvenirs de leurs cours d’histoire, où des professeurs rétrogrades leur avaient expliqué que faire des expériences médicales sur les gens pour améliorer la race ne finit généralement pas très bien pour l’humanité.

Sera-t-il moral, par exemple, d’interdire à un paysan tanzanien pauvre (…) d’augmenter le QI de ses enfants pour qu’ils fassent des études ? Au nom de quelle morale pourrions nous l’empêcher ? (p.190)

Peut-être au nom de la morale qui indique que ce qui est faible a aussi son utilité, que l’humanité est diverse, avec des petits, des grands, des imbéciles et des génies, et que cette diversité est un bien ?

Mais, pour le Dr. Alexandre, l’humanité est divisée entre les intelligents à fort QI qui, comme lui, ont compris qu’il fallait améliorer la race, et le reste, qui ne comprend pas bien les enjeux – trop complexe pour des cervelles bornées :

La vague populiste à laquelle beaucoup de grandes démocraties ont été soumises, Etats-Unis en tête, traduit notamment le refus de l’opinion de la réalité d’un monde ultra-complexe (p. 70).

5 L’impasse morale de l’intelligence artificielle

Peut-être aussi au nom de la morale qui dit qu’avoir 600 de QI n’est pas un bien en soi, si l’heureux bénéficiaire de cette amélioration n’est pas bien intentionné ?

La question est rapidement posée, et l’auteur s’y attarde peu – il ne peut pas vraiment s’y attarder, après avoir indiqué que ceux qui regardent le transhumanisme avec scepticisme ont une « fascination morbide » pour le passé (p. 58).

On n’ose imaginer ce que Mao, Pol Pot ou Hitler auraient fait des neurotechnologies (p. 234) Jusqu’où rééduquer ? (…) ces perspectives sont terrifiantes (p. 237)

Une petite note en bas de la p. 193 (« je ne me réjouis pas dans l’entrée probable dans l’hyper eugénisme« ), dont le sens est contredit par l’ensemble du livre (tout laisse entendre que l’auteur trouverait génial de pouvoir sélectionner son enfant avant sa naissance, et d’avoir une humanité débarrassée de ce que lui estime être ses bras cassés), tente hypocritement – et malhabilement – de parer aux accusations de « savant fou » dont il pourrait faire les frais.

6 Nihil nove sub soli

Sous couvert d’une révolution inédite, l’auteur ressert en fait la vieille fascination de l’humanité pour la technique, et le vieux fantasme de l’homme qui se prend pour Dieu.

Les transhumanistes veulent dépasser toutes les limites de l’humanité (…) Le mort de la mort, l’augmentation des capacités humaines, la fabrication d’intelligences artificielles, la création de la vie en éprouvettes et la colonisation du cosmos sont les 5 premiers objectifs de ce mouvement qui promet l’homme 2.0, ou l’homme-Dieu.

Mes maigres connaissances en histoire m’indiquent que, pour peu qu’un groupe de personnes déterminées souhaite mettre ce genre de théorie (homme nouveau, homme amélioré, purification de la race – que cette dernière soit au bénéfice de peu ou au bénéfice du grand nombre d’ailleurs) en pratique cela peut mal finir.

Quoi qu’il en soit, le monde que nous propose le Dr. Alexandre me paraît bien ennuyeux. Si tout le monde devient intelligent, l’intelligence aura autant de valeur que le fait de savoir respirer correctement.

Je ne suis même pas sûre de vouloir, si j’en avais la possibilité, faire greffer des « augmentations artificielles » à mes enfants. En tout cas, j’aimerais que d’autres testent ce type de progrès, et que ce test se fasse à l’échelle d’une vie : s’il se trouve des gens qui aiment assez peu leurs enfants pour en faire des cobayes à mémoire augmentée, il m’intéressera de savoir ce que sont devenus ces enfants à la fin de leur vie. Leur intelligence artificielle leur aura-t-elle permis d’être plus heureux ? De rendre d’autres plus heureux ? Comment ont-ils vécu les bugs informatiques qui n’auront pas manqué d’affecter les puces greffées dans leurs cerveaux ? Comment vit-on quand on est entièrement dépendant d’une intelligence artificielle et qu’on ne sait plus faire grand chose par soi-même ?

Nul doute que le Dr Alexandre, s’il croit vraiment à ce qu’il écrit, sera heureux de jouer les cobayes pour les fantastiques progrès que nous promettent ses idoles.

 

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