Les 8 raisons pour lesquelles l’écriture inclusive est le plus beau cadeau fait aux harceleurs

 

Le Haut conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes a édité un  « Guide pratique pour une communication publique sans stéréotype de sexe ».

Ce guide promeut un nouveau type d’écriture : l’écriture dite « inclusive » – inclusive car l’écriture telle que nous l’utilisons actuellement, avec la règle « le genre masculin l’emporte sur le féminin », exclurait les femmes du langage et de la société.

Par exemple, il ne faudrait plus écrire ni dire « les présentateurs« , mais écrire « les présentateur.rices » et dire : « les présentatrices et les présentateurs« .

 

1 Parce que les femmes ne sont pas « absentes de la sphère publique » depuis 1882

La préface de Laurence Rossignol indique :

La langue ne peut rester un domaine où serait encore admise et revendiquée l’expression de la prétendue supériorité d’un sexe sur un autre. Ne pas pouvoir nommer le féminin, ou le faire disparaître dans un genre prétendument indifférencié, c’est organiser l’invisibilité donc l’absence des femmes dans la sphère publique.

Ainsi, le Guide met à jour ce qui avait échappé à George Sand, à Germaine de Staël et à Françoise Sagan : la langue française les discriminait.

L’ensemble des femmes était d’ailleurs passé à côté de ce scandale : nous étions « invisibles » dans la sphère publique et cette invisibilité était « organisée » par le langage.

 

Quelques pages plus loin (p. 22), le Guide indique :

Jusqu’au XVII e siècle, tous les noms de métiers, fonctions et dignités exercé.e.s par des femmes étaient nommé.e.s au féminin, de même que tous les métiers, fonctions et dignités exercé.e.s par des hommes l’étaient au masculin (exemples : cuisinière, marchande, abbesse, administeresse, enchanteresse, doctoresse, charpentière, autrice) (…) C’est en 1882 que l’État tranche en faveur du masculin lorsqu’il rend l’instruction publique obligatoire.

Le guide indique donc que, jusqu’en 1882, la langue n’était pas discriminatoire, et que les femmes n’étaient pas « absentes » de l’espace public avant cette date.

L’Ancien Régime appréciera cet hommage involontaire.

2 Parce que l’écriture inclusive rend les femmes responsables de la déformation de la langue

Les soutiens de l’écriture inclusive estiment que celle-ci permettrait de mieux lutter contre les discriminations.

Le sous-entendu est que cette nouvelle écriture serait un bénéfice pour toutes les femmes, et que toutes les femmes devraient donc soutenir cette innovation.

Sur ce point, je n’ai pas très envie qu’on parle en mon nom : comme beaucoup, je n’ai aucune envie de me voir associée à cette complication inutile.

3 Parce que il n’est pas sûr que les femmes soient mieux défendues dans l’Amérique de Donald Trump que dans la France d’Emmanuel Macron

Il serait intéressant que ceux qui défendent l’écriture inclusive nous indiquent s’ils pensent que les femmes sont plus épanouies au Royaume-Uni ou dans l’Amérique de Donald Trump (l’anglais ne différencie pas entre le et la) ou en Allemagne – puisque l’allemand utilise le neutre.

Si l’écriture inclusive était efficace, on pourrait constater une nette avance des pays anglo-saxons ou germanophones sur les pays francophones en matière de droits des femmes.

Il est curieux que personne n’ait songé à établir un comparatif.

4 Parce que trouver l’écriture inclusive utile, c’est au fond trouver que les femmes seront mieux respectées si on parle anglais

L’étape suivante, en toute rigueur, serait de préférer employer l’anglais : pas de risque de dérapage en disant « bonjour à tous » pour ceux qui sont convaincues que dire « toutes et tous » permet aux femmes de se sentir mieux ; pas de risque de s’étrangler pour ceux qui pensent que dire « toutes et tous » est une faute de français.

Remercions donc les promoteurs de l’écriture inclusive d’avoir trouvé le moyen le plus efficace d’exclure le français.

 

5 Parce que l’écriture inclusive finira par devenir un moyen de traquer les esprits rebelles

Les grandes entreprises vont sauter sur ce combat de l’écriture, pour mieux pouvoir mettre sous le tapis les vrais problèmes de discriminations.

L’écriture inclusive ne coûte pas très cher, et permettra de repérer rapidement qui se plie facilement aux nouvelles directives, et qui est moins conciliant.

Le salarié qui continuera d’écrire « Bonjour à tous », montrant une résistance aux consignes, pourra être vu comme un esprit rebelle, voire conservateur. A-t-on vraiment envie d’être jugé là-dessus ?

6 Parce que l’écriture inclusive … continue de faire primer le masculin

Le guide nous conseille d’écrire le.la. présentateur.rice.

Le masculin reste le premier mentionné, donc prioritaire.

Si même les auteurs de ce guide sont discriminatoires….

Cela fait penser au combat mené contre la transmission du nom du père aux enfants.

Pour rétablir l’équilibre, a été offerte il y a une dizaine d’années la possibilité d’appeler son enfant Arthur Nomdupère – Nomdelamère.

Mais si Arthur épouse Josette qui, elle aussi, porte les deux noms de ses parents, le législateur n’a pas voulu imposer aux enfants d’Arthur et de Josette 4 noms de famille différents : c’est alors le nom du père qui l’emporte.

Tout ça pour ça…

7 Parce que je serais un sexiste harceleur, je m’empresserais de parler « inclusif »

Si vous êtes une fripouille, je vais vous donner un tuyau.

Vous  êtes malhonnête, offrez des pots de vin pour obtenir des contrats ? Montez une association pour la déontologie et la transparence de la vie publique.

Vous battez votre femme ? Militez dans une association contre les violences faites aux femmes.

Vous fraudez le fisc ? Tenez des propos très hostiles aux évadés fiscaux.

Vous venez de placardiser une femme de retour de congé maternité ? utilisez l’écriture inclusive.

Nul besoin de préciser qu’il ne s’agit pas de jeter le discrédit sur tous les militants sincères.

Mais si on convient qu’il est difficile de soupçonner un militant humaniste d’exploiter des enfants, on peut convenir que le militantisme est une bonne couverture, qui ne coûte pas très cher et protège efficacement contre les accusateurs trop curieux.

En bref, je serais un misogyne en entreprise, je me vautrerais dans les séminaires sur la mixité, je retwitterais avec zèle des phrases de lutte contre le harcèlement, et j’abuserais sans vergogne de l’écriture inclusive.

Je pourrai alors me draper dans ma dignité le jour où une femme sous-entendra que mon attitude n’est pas tout à fait en accord avec mes prises de positions – et tout porte à croire que je m’en tirerai bien.

En revanche, je pointerais du doigt le stagiaire qui a écrit « bonjour à tous ».

L’écriture inclusive : une belle défense offerte aux harceleurs.

8 Parce que les vrais combats sont ailleurs

On passe du temps à traquer les travers de langage, mais les choses dites offrent au moins le mérite de pouvoir être contredites.

Souvent les femmes ont droit à des remarques pas très heureuses au travail (« la petite dame », le tutoiement qu’on n’offre pas au collègue homme, les compliment répétés sur les tenues), pourtant, ce n’est pas le pire : on peut riposter.

Une remarque sur une jupe ? Une remarque sur la cravate.

Un surnom pour la dame ? Un surnom pour le monsieur.

Une remarque déplacée ? Une protestation vigoureuse.

En revanche, se défendre contre une mise au placard, contre un licenciement, contre un surcroît de déplacements destinés à vous faire craquer à 8 mois de grossesse : c’est plus compliqué.

Et sur ce sujet – celui des comportements qui rendent la vie difficile – les discours sont très beaux, mais dans les faits, les sanctions sont inexistantes (selon l’expérience de proches confrontées à cela).

Au fond, ce qui gêne le plus dans ce guide, c’est donc qu’il ignore les vrais combats.

Je ne connais pas de femme qui se sente discriminée par la langue française.

Je n’ai jamais entendu de femme se plaindre de ce qu’on ne mette pas son titre au féminin (militantes politiques exclues).

En revanche, j’ai connu, étant avocate, des femmes en congé maternité qui avaient été appelées par leur associé pour leur dire qu’il n’était pas nécessaire de revenir travailler : elles (et je mets bien un pluriel, car j’en ai côtoyé plusieurs) étaient mises dehors.

Et aucune discussion au sein du cabinet n’a pu aboutir. Le contentieux a été la seule issue pour celles qui souhaitaient se faire respecter.

Je rencontré des femmes qui ont perdu des dossiers en revenant de leur congé maternité.

Et aucune discussion au sein de l’entreprise où elles travaillaient ne leur a permis de récupérer leur poste : les RH étaient désolées, mais il n’était pas possible de revenir en arrière, et le manager en cause ne pouvait pas être sanctionné. Dans un cas, on m’a raconté qu’un coaching avait été offert au manager indélicat (il a donc pu booster sa carrière après avoir adopté ce qui était censé être un « comportement inadmissible »).

Je connais des femmes qui voyaient brutalement l’attitude de leur responsable changer quand elles ont annoncé leur grossesse : déplacements plus nombreux à 7 mois de grossesse, ou alors réduction drastique du nombre de dossiers.

Là encore, la structure a fait preuve d’une inertie d’huître.

En fait, que ce soit parmi mes connaissances ou mes collègues, je ne connais aucun cas dans lequel l’entreprise employeur a fait le nécessaire pour sanctionner les auteurs de ces comportements. La démission, l’arrêt maladie, le contentieux étaient la seule solution.

La langue française n’a jamais causé en elle-même de souffrance à qui que ce soit – les agissements de ceux qui harcèlent une femme parce qu’elle est enceinte, si.

Lancer un propos « sexiste » à une femme peut la vexer, mais ne freine pas sa carrière – et peut même lui permettre de briller par sa répartie.

Mais l’empêcher d’être promue, ou lui faire comprendre que la sortie l’attend parce qu’elle a des enfants, oui, cela freine sa carrière.

Il me semblerait ainsi pertinent de consacrer moins de temps à pourchasser les propos, les formules de langage et les expressions outrancières, et plus de temps à sanctionner les comportements créant objectivement un préjudice.

Pourtant, ce n’est pas la direction prise : on entend beaucoup parler de sanctionner des « propos inadmissibles » dans les médias, et on se jette sur celui qui commet un « dérapage ».

Mais chacun est aussi témoin, dans sa vie professionnelle, de mauvais traitements infligés à des femmes enceintes ou revenant de congé maternité : ces actions sont-elles sanctionnées par les entreprises ? Les managers indélicats sont souvent assez habiles pour agir en toute impunité : pas de propos déplacés, non, mais des actes de discrimination objective qui, eux, ne seront que rarement sanctionnés en interne.

Il serait bien que le Haut conseil à l’égalité se penche sur ces cas-là.

 

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