Vous ne voulez pas vous marier trop vite? 4 raisons d’avoir l' »Amie prodigieuse »

J’ai lu l’Amie Prodigieuse, d’Elena Ferrante – enfin, ses deux premiers tomes.

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Ce livre est en bonne place chez de nombreux libraires : il se vend bien. Et, pour une fois, je suis d’accord avec les choix du public – je dis « pour une fois » car j’ai aussi feuilleté Marc Levy, Guillaume Musso et Anna Gavalda, et la platitude de ce que j’y ai lu m’a laissée pantoise.

Lila et Elena, nées en 1944, sont amies, très douées à l’école, et vivent dans les environs de Naples, dans un quartier populaire. Ces deux éléments – douées à l’école, venant d’un quartier populaire – fournissent le fil conducteur du livre : vont-elles échapper à la crasse de leurs immeubles, aux cris vulgaires de leurs voisins, et à leur destin de femmes battues ?

Le livre, en trois tomes, se lit facilement : l’auteur parvient à doter ses personnages de caractères puissants ; à rendre intrigante la rivalité entre Lila et Elena ; à attirer le lecteur dans les commérages de quartier, les histoires de cœur et les trafics des commerçants qui réussissent.

Quelques aspects m’ont semblé particulièrement intéressants. Pourquoi vous faut-il lire ce livre ?

1) Parce que vous ne voulez pas vous marier trop vite

L’Amie Prodigieuse décrit quelques relations sentimentales dans lesquelles l’un ou l’autre des personnages s’est embrigadé un peu à la hâte. Ces relations débouchent parfois sur des mariages.

La description des sentiments – ou de l’absence de sentiments – éprouvés par celui qui se met « en couple » par ennui, par volonté de faire comme les autres ou pour rendre un autre jaloux est intéressante : c’est précis, et le lecteur qui se retrouverait dans ces descriptions devrait se poser quelques questions.

Ainsi, quand Elena, à seize ans, accepte de sortir avec Antonio :

Quand Antonio, devinant que j’étais dans de bonnes dispositions, me demanda si je voulais être sa petite amie, je lui dis oui aussitôt, même si j’en aimais un autre et si je ne ressentais rien de spécial pour lui, juste une certaine sympathie. Je ne voyais pas vraiment de différence entre sortir avec lui (…) et réussir mes examens avec des dix partout.

L’auteur, laisse entendre qu’une relation, même sans engagement formel, peut laisser des traces quand on s’y engage par défaut.

Elena se rend compte qu’elle doit quitter Antonio :

C’était une décision qui me semblait urgente : l’affection n’était pas l’amour, j’aimais N. et je savais que je l’aimerais toujours. J’avais préparé un discours pour A., je voulais lui dire posément : on a passé un bon moment, tu m’as beaucoup aidée à une époque où j’étais triste, mais maintenant c’est la rentrée et cette année je commence le grand lycée, j’ai de nouvelles matières, ça va être difficile et il va falloir que je travaille beaucoup ; je suis désolée mais il faut qu’on arrête.

… mais elle ne parvient pas à le lui dire, reporte sa décision plusieurs fois – laissant ainsi passer d’autres occasions d’être heureuse.

Dans le livre, les couples les plus malheureux sont ceux qui sont resté ensemble, et, finissant par être très engagés pour leurs proches – parce qu’ils sont ensemble depuis des années – ont laissé passer le mariage sans réfléchir, et se retrouvent face à face avec une vie commune dont ils ne savent pas quoi faire.

2) Parce que vous avez toujours été bon élève

Les études occupent une grande place dans le livre, car les deux protagonistes sont bonnes élèves – Lila présentant même quelques traits de génie – et placées en rivalité. La narratrice, Elena, a souvent l’impression d’être une pâle copie de Lila, plus brillante.

La tension liée aux examens, les relations entre élèves, les déceptions quand les notes sont basses : tout cela est bien rendu – et permet de se souvenir de ses propres années de lycée.

L’auteur décrit également comment ce savoir permet à Elena, parce qu’elle côtoie des gens intéressants, de s’extraire en partie de son milieu d’origine.

3) Parce que vous avez un gros complexe social

Lila et Elena viennent, comme Amel Bent, d’un quartier populaire.

Il faut y crier des tombereaux d’insultes pour s’y faire respecter, aller crever les yeux de celui qui vous a insulté pour laver son honneur. Tenir sa fourchette correctement n’y est pas la priorité.

Quand Elena commence à suivre des études, elle constate le fossé qui la sépare de ses camarades de classe mieux nés : elle s’est exprimée toute sa vie en dialecte, et en a gardé un accent, quand les autres parlent italien ; elle est mal habillée, avec une robe élimée, et admire les jeunes filles mieux vêtues ; elle mange la bouche ouverte, quand les autres savent se tenir à table…

Son intelligence lui permet de fraterniser avec tel ou tel, mais elle indique, en observant les invités à un mariage :

Ce que c’était, la plèbe, je le sus à ce moment-là (…) La plèbe, c’était nous. La plèbe, c’étaient ces disputes pour la nourriture et le vin, cet énervement contre ceux qui étaient mieux servis et en premier, ce sol crasseux sur lequel les serveurs passaient et repassaient et ces toasts de plus en plus vulgaires. La plèbe, c’était ma mère, elle avait bu et maintenant se laissait aller contre l’épaule de mon père qui restait sérieux, et elle riait, bouche grande ouverte aux allusions sexuelles du commerçant en ferraille.

Elle comprend qu’un monde la sépare de ceux qui ont bénéficié, dès le début de leur vie, d’une bonne éducation – et ce point est assez bien vu : le retard dans ce domaine ne se rattrape sans doute jamais tout à fait. On peut apprendre en observant les autres à se tenir à table, apprendre à dire bonjour Monsieur, apprendre à faire la conversation, mais restera toujours une « aura mystérieuse » comme le dit l’auteur qui sépare ceux qui ont intégré ces choses depuis l’enfance et ceux qui les ont apprises à l’âge adulte à force d’efforts.

4) Parce que vous êtes complexé physiquement

Lila est décrite comme étant très belle dans le livre – passée une enfance plus ingrate.

Pour Elena, c’est plus ambigu. Elle raconte l’histoire, plaît à quelques garçons, mais on comprend qu’elle n’a pas le rayonnement de son amie.

L’année de ses seize ans, elle est couverte d’acné. Elle doit porter des lunettes et se voit dans un miroir :

Quand je me regardai dans la glace, mon image trop nette fut un coup dur : impuretés de la peau, visage large, grande bouche, gros nez et les yeux prisonniers d’une monture qu’un dessinateur hargneux semblait avoir tracée avec acharnement sous des sourcils déjà trop fournis.

Heureusement, un été à la plage lui permet d’améliorer son état.

On comprend peu à peu qu’il y a un monde entre la façon dont la narratrice se perçoit et la façon dont elle apparaît aux autres. Evidemment, c’est à l’âge adulte qu’elle le comprend. cela rend le personnage assez attachant.

*

Vous pourriez aussi lire ce livre parce que vous avez un projet à monter et que vous voulez des exemples de personnes têtues qui mènent envers et contre tout leur idée à bien.

Ou parce que vous aimez l’Italie, que vous connaissez Naples. Ou parce que l’émancipation des femmes est un sujet qui vous intéresse. Dans tous les cas, ce livre vous plaira !

 

 

 

 

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