Le piège de la « charge mentale » ne passera pas par vous : 8 raisons de ne pas instaurer une ambiance tendue chez vous

Une petite pause dans la série des guides pour avoir le corps de Brigitte (le principe ici, puis ici, ici et ici), puisqu’un article de Rue 89 rappelle à mon bon souvenir l’ineffable concept de charge mentale.

Bien que je ne lise plus les magazines féminins, je n’ai pas pu échapper au déferlement d’enthousiasme qu’a suscité cette découverte révolutionnaire : l’esprit de la femme resterait occupé par les tâches ménagères.

La femme aurait en permanence dans la tête la liste des choses domestiques à faire.

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Elle s’est assise. Mais a-t-elle fini de passer l’aspirateur ? Déjà qu’elle n’allaite pas…

Exemple : vous avez une charge mentale si vous planifiez qu’il va falloir faire une lessive pour que votre enfant ait sa tenue de sport propre ; si vous vous demandez à quel moment vous allez devoir faire vos courses ; si vous devez préparer vos vacances, etc. Toutes sortes de petites tâches peu réjouissantes que la femme devrait prévoir.

L’homme, lui, planifierait bien moins les tâches ménagères.

En soi, rien de très nouveau, rien de très contestable.

Mon humble expérience me conduit à reconnaître le fait que la tâche de « tout prévoir » – caser une visite chez le pédiatre, savoir qu’il va manquer du sucre, penser à réserver une chose sinon il va être trop tard, tout en ayant un poste avec des responsabilités lourdes et un titre ronflant, etc… – revient au membre le plus intelligent du couple : moi.

Qui pourrait donc en vouloir à cette idée de « charge mentale » ?

Au début, je l’ai trouvée géniale.

Enfin, un génie mettait des mots (« charge mentale ») sur une souffrance sourde (« je n’en peux plus de faire tourner toutes les machines »).

Alors, pourquoi exercer son esprit critique sur un concept aussi incroyable ?

1) Parce que vous n’avez pas envie de devenir revendicative envers un proche

Mon aimable compagnon correspondait en tout point à la description que je lisais de l’accusé : il ne prévoyait pas les machines ; il ne savait pas quand serait le prochain rendez-vous de pédiatre ; il ne se préoccupait pas de savoir s’il fallait racheter du sérum physiologique. Quel égoïsme ! Et dire que nous travaillions tous les deux ! J’ai eu le sentiment d’une grande injustice : pourquoi moi, et pas lui ?

Le sentiment d’être comprise, le bonheur d’illustrer un concept de sociologie dans ma modeste existence, a donc viré au ressentiment.

Et j’ai commencé à faire des reproches au responsable de ma charge mentale.

Je me sentais soutenue par l’invisible solidarité des auteurs du concept, qui avait même donné lieu à une bande-dessinée. Fais-toi respecter !

Pour autant, l’obtention de ce respect passait par une phase de recadrage pas très agréable.

2) Parce que la « charge mentale » oublie… une partie des tâches

Le responsable m’a répondu en me citant l’ensemble des tâches qu’il avait effectuées, sans rien dire, et sans que je le remarque.

Et, effectivement, s’occuper des impôts, aller faire réparer la voiture, cuisiner le week-end, n’avaient pas été comptés dans ma liste.

Au fond, j’avais été de mauvaise foi. Je n’avais vu que les choses que je faisais sans me poser de questions – même si je les trouve très pénibles.

Mais j’avais appliqué le concept de charge mentale à la lettre. Si on ne compte que ce qui est principalement effectué par les femmes, bingo ! les femmes ont l’air de porter toute la vie domestique.

3) Parce que s’il faut demander les choses au boulot, il est possible de le faire chez soi

L’auteur de la bande-dessinée trouve un peu choquant qu’il faille demander de l’aide à son compagnon pour que celui-ci daigne se lever de son siège.

Mais des personnes similaires (pas besoin de chercher très loin : l’article juste au-dessus de celui de la charge mentale sur Rue89 porte sur le sujet…) vous enseigneront qu’au boulot, il faut savoir demander une promotion, et que les femmes sont structurellement trop peu enclines à oser demander les choses.

Sous-entendu : si votre chef ne vous augmente pas, c’est aussi un peu de votre faute : il faut savoir demander.

Mais pourquoi cela ne marcherait-il pas avec le conjoint, pour les tâches ménagères ?

4) Parce que vous n’avez pas pour but de déclarer la guerre froide à votre conjoint

L’auteur de notre article sur la charge mentale nous conseille sans sourciller :

Oser aller au conflit avec son conjoint sur le ménage — un sujet qui peut paraître accessoire — c’est un premier pas. Quitte à passer pour la mégère.

Ah bon. J’espère qu’elle ne donne pas de conseils pour le boulot. Ça donnerait :

« Osez aller au conflit avec son chef sur son augmentation – un sujet qui peut paraître accessoire – c’est un premier pas. Quitte à passer pour la mégère« .

Dans un cas comme dans l’autre : non merci.

Franchement, conseiller à une femme d’oser passer pour une mégère, c’est souhaiter faire augmenter le taux de misogynie.

Avez-vous vraiment envie de passer une soirée de conflit alors qu’une explication calme serait sans doute tout aussi efficace ? Si votre compagnon est entièrement indifférent à votre charge de travail domestique, il n’est peut-être pas très évolué – mais je doute qu’il soit représentatif des gens de sa génération.

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– Tu as encore traîné sur Rue 89 ! – Je m’excuse, je lisais un article sur la charge mentale. Je n’aurais pas dû, il était fort mauvais. Où est le linge à repasser ?

5) Parce que vous n’avez pas l’impression de sacrifier votre vie parce que c’est vous qui allez chez Monoprix

L’article continue :

Dès l’enfance, on apprend aux filles que l’amour est une forme de dévouement aux autres… On nous dit : « Les gens que tu aimes, tu dois te sacrifier pour eux ». C’est flagrant quand tu deviens mère. Moi je pense qu’il y a d’autres manières de s’aimer que de se sacrifier. Le sacrifice ne rend heureux personne. Et faire le ménage ne devrait pas être une question affective, les sentiments n’ont rien à voir là dedans.

Je ne sais pas bien ce qui est vu comme un « sacrifice » dans cette phrase – faire le ménage, apparemment.

Je vais faire un aveu : je n’aime pas changer les couches, je déteste donner le bain, je m’ennuie quand je fais les vitres et aller à Monoprix me déprime. Est-ce que je me sacrifie en faisant ça ?

Même si ça m’amuse autant qu’un discours de François Hollande, je n’ai pas l’impression.

Mes choix de vie impliquent des tâches moins amusantes que d’autres, c’est tout.

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Cosette a bien compris qu’il fallait être un peu rentable pour ne pas que maman ait à trop se sacrifier.

Bon, ensuite, il y a cette phrase :

Dès l’enfance, on apprend aux filles que l’amour est une forme de dévouement aux autres…

Permettez, je crois qu’on apprend cela à tout le monde.

Votre meilleur ami est malade, vous allez lui rendre visite (et vous sacrifiez votre après-midi peinarde).

Votre voisine a perdu son chat, vous l’aidez à le retrouver (et vous sacrifiez votre lecture de Gala).

Votre grand-père est seul, vous allez lui rendre visite (et vous sacrifiez votre soirée).

Si quelqu’un arrive à me démontrer qu’on peut prétendre aimer autrui tout en lui refusant le moindre dévouement, je suis preneuse (mais je ne suis pas sûre de vouloir être son amie).

6) Parce que vous n’aimez pas les généralités

Enfin, on peut se demander si la personne interrogée dans l’article ne recycle pas sous forme de théories ses propres expériences malheureuses. Elle indique :

Il faut partager, que les femmes soient plus égoïstes et que les hommes apprennent à faire attention à l’autre et à leur environnement. C’est très net dans le métro : en général, quand tu es enceinte, ce sont les femmes qui se lèvent, parce qu’elles regardent autour d’elles. Les hommes, eux, s’en foutent : ils sont sur leurs téléphones.

L’expérience de la femme enceinte dans les transports en commun est intéressante, parce que (opinion sans valeur scientifique) j’ai remarqué qu’on accusait souvent de ne pas céder leur place les catégories de gens auxquels on en voulait.

Par exemple ici, si vous avez une dent contre les hommes, vous direz : « j’ai remarqué qu’il cédaient moins facilement leur place« .

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« Les hommes, eux, s’en foutent : ils sont sur leurs téléphones… » Celui-là n’a même pas l’excuse du portable. Que fait Rue89 ?

Si ce sont les vieux qui vous insupportent, vous direz : « Cette bande de profiteurs, ils n’ont même pas les 75 ans réglementaires, sont en plus moins prioritaires que les femmes enceintes, et tu crois qu’ils se lèveraient ? »

Et puis cela peut être les immigrés, les femmes, etc… Chacun établit ses catégories selon ses cibles personnelles. Je doute qu’on puisse établir une généralité sur la catégorie de gens qui cèdent plus facilement que les autres leur place à une femme enceinte.

Personnellement, je trouve que les invalides de guerre ne sont pas très nombreux à se lever à la vue d’une femme enceinte.

Je ferme la parenthèse.

Cette interview est intéressante car elle montre ce sur quoi débouche le concept de charge mentale : sur un ressentiment envers les hommes. En utilisant, au passage, un biais pas très honnête : ne compter que les tâches ménagères, effectuées principalement par les femmes, sans s’intéresser à ce qui est porté par les hommes.

7) Parce qu’il faut arrêter de lire la presse féminine

Si vous aussi vous avez vu des tensions apparaître dans votre couple en prenant connaissance de la « charge mentale », si vous avez senti monter la colère en établissant la liste de tout ce que vous faisiez, si tout cela a débouché sur une dispute : prenez du recul. le plus souvent, quand les journaux s’enthousiasment pour une idée, c’est du grand pipeau.

(Je lisais Rue 89, mais ça devient de plus en plus une compilation d’articles faciles sur la vie quotidienne ou sur le sexe – on attire le chaland comme on peut – bref, ça tend dangereusement vers le niveau de pertinence de Elle. Fuyons).

8) Parce qu’il y a d’autres moyens de devenir une warrior

Pour être heureux, mieux vaut :

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