Pourquoi je suis heureuse de ne pas vivre dans 200 mètres carrés

Marie Kondo vit dans un espace dont la propreté lui permet d’avoir un teint plus clair : un espace encombré, nous dit-elle, attire la poussière, et la poussière ternit le teint.

la-magie-du-rangement

Marie Kondo indique que mieux ranger sa maison peut permettre de faire le tri dans ses relations – et qu’elle prend en exemple une femme qui, ayant jeté ses vieilles factures, décide de quitter son vieux mari.

Elle aime l’ordre, et elle a bâti sa renommée sur l’art de plier ses chaussettes.

Après avoir lu ce livre, j’ai vidé mes placards. C’était il y a un an environ.

J’ai jeté, donné, et surtout, j’ai plié. Plié mes chaussettes en deux, acheté des cintres identiques, en bois, pour que ce soit plus joli – et même trié mes vêtements dans la penderie dans l’ordre des couleurs de l’arc en ciel.

J’ai jeté des produits de beauté, utilisé des boîtes en carton pour regrouper mes objets, mieux les agencer et mieux les voir.

J’ai ouvert mes placards de cuisine, jeté les produits périmés et classé les boîtes de nouilles.

Et j’ai ressenti une grande satisfaction.

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Les tee-shirts tiennent tout seuls.

Je regarde désormais sa méthode avec moins d’ironie, parce que cela fait un an que mes placards ont gardé cet état de rangement. La méthode de Marie Kondo est donc durable.

Bien plus : comme Marie Kondo nous invite à jeter beaucoup de choses, on prend goût à avoir le minimum de choses dans ses placards.

Bien vite, on tolère mal le produit en double ; les vieux livres écornés font office d’éléments clandestins indésirables.

Le vieux pull qui ne met pas en valeur devient le symbole des échecs passés.

Avoir le moins de choses possible devient important. Après avoir acheté des boîtes de rangement, je me suis dit : « J’achète une boîte pour parvenir à plus d’ordre, mais ce faisant, j’achète un objet en plus. J’introduis un nouvel élément chez moi. Est-il vraiment utile ? »

La maniaquerie guettait. J’allais finir comme Patrick Bateman, le héros d’American Psycho, celui qui doit nous mettre en garde contre les Morning Routines trop parfaites.

Bateman et Marie Kondo.jpg

Il s’est levé ce matin dans son appartement bien rangé, a fait son gommage aux huiles de sucre, ses 10 minutes de méditation et son sport, mais on ne veut pas trop lui ressembler.

Heureusement, après quelques semaines de frénésie de classement, le tout s’est tassé, et un nouvel équilibre s’est créé : je gardai mes placards en ordre, sans plus avoir à jeter les petites cuillères en double.

Et j’ai conservé un goût bien utile pour l’économie.

Evidemment, je n’allais pas vous parler de Marie Kondo pendant tout le post. Il ne faut pas pousser Mémé dans les orties.

Marie Kondo n’est qu’un prétexte pour vous parler de Chesterton, qui a aussi écrit sur l’économie.

Il estime que voir la nature comme infinie est une erreur. Pour lui, chaque élément de la nature est compté ; la nature a été créée avec parcimonie.

« Il existe à propos de l’infini une sorte d’insouciance qui est tout l’opposé de cette fervente et pieuse sollicitude éprouvée par moi devant l’inestimable prix et le péril de la vie. On ne me montrait qu’un lugubre gaspillage et je voyais une parcimonie sacrée. Car l’économie est beaucoup plus romantique que l’extravagance. Les étoiles pour eux n’étaient qu’un revenu inépuisable payé en petits sous, mais le soleil d’or et la lune d’argent me donnaient la joie de l’écolier riche d’une livre et d’un shilling ».

Chesterton prend l’exemple de Robinson Crusoé, lorsque le livre dresse la liste des objets sauvés du naufrage. Pour lui, chaque chose sur la terre est un objet qui a pu être sauvé d’un naufrage : chaque chose devient idéale parce qu’elle aurait pu être perdue. Il parle de « poésie des limites ».

Une chose est belle parce qu’elle aurait pu ne pas être – de même pour les hommes.

Appliquons ce raisonnement aux objets qui nous entourent : ils sont précieux parce qu’ils auraient pu ne pas être là.

N’est-ce pas une raison pour accumuler ? Et est-ce bien compatible avec cette idée de jeter ou donner le superflu ?

On peut penser qu’on ne peut estimer les objets qui nous entourent que si nous ne sommes pas encombrés par eux.

Si on a beaucoup de superflu – mettons, 50 paires de chaussures – on oubliera qu’on possède certains éléments de ce superflu. On n’utilisera pas toutes les chaussures. Et ajouter un élément à la liste (une 51eme paire) sera neutre. Ce sera une paire de plus, parmi les autres.

Si on a peu de choses, on aura plus de chances de savoir ce qu’on possède, de connaître chacun de nos biens. On fera attention à ce qu’on y ajoute. On le choisira sans doute mieux, on en prendra plus soin.

Il y a un réel intérêt à prendre soin des choses – bien cirer ses chaussures, y mettre des formes pour les préserver, bien les ranger, plier soigneusement ses vêtements : on fait plus attention à elles. Ce faisant, on résiste un peu à la société de consommation, qui nous somme de remplacer très vite ce qui est un peu usé, ou d’acheter de façon impulsive.

Je me suis finalement réjouie de n’avoir qu’un petit appartement parisien, qui m’impose de ne pas acheter de chose sans y réfléchir avant, tout simplement parce que je n’aurai pas la place de la conserver.

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Marie Kondo m’a permis de comprendre qu’avec 200 m², j’aurais plus de mal à appliquer ses principes. Vive la frugalité.

 

 

 

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