Morning routine : monotonie et surprise

Je poursuis ma réflexion sur Chesterton. Ce n’est pas une analyse critique du livre, j’en serais bien incapable, mais une divagation sur un extrait qui a fait écho à un élement de ma vie.

Pour ceux qui seraient déçus de retrouver Chesterton alors que le titre de l’article promet de parler de Morning Routine : ne vous inquiétez pas, j’y viens. Il faut aussi savoir un peu vendre sa prose.

Aujourd’hui : l’idée que la monotonie peut-être recherchée pour elle même ; celle que le soleil ne se couchera peut-être pas ce soir.

Chesterton écrit :

« Parce que les enfants ont une vitalité abondante, parce qu’ils sont d’un esprit farouche et libre, ils veulent des choses répétées et sans changement. Ils disent toujours : « Fais-le encore » et la grande personne le fait encore jusqu’à ce qu’elle soit morte. Parce que les grandes personnes ne sont pas assez fortes pour exulter dans la monotonie. Peut-être Dieu est-il assez fort pour exulter dans la monotonie. Il est possible que Dieu dise chaque matin : « Encore » au soleil ; et chaque soir à la lune : « Encore » ».

J’avais toujours considéré – sans particulièrement y réfléchir, mais en prenant cela pour un acquis – que le soleil et la lune, et la nature dans son ensemble, étaient condamnés à se mouvoir selon leur nature propre. A penser qu’il n’y avait pas d’autre choix, pas d’autre solution possible.

Je pouvais admirer les couleurs d’un coucher de soleil, mais pas le fait que le soleil se couche : il n’y avait aucune surprise dans le fait que le soleil se couche, aucun suspense.

Chesterton émet une autre hypothèse, bien plus enthousiasmante : celle que le lever du soleil demain matin ne soit pas acquise.

Et pourquoi pas ? Je n’ai pas le souvenir qu’aucun des philosophes que j’ai pu étudier en classe ait pensé à cela. Tous voyaient plus ou moins dans la nature un ensemble déterminé, programmé.

Je me souviens simplement que les cours de philo portant sur la façon dont la nature fonctionnait m’ennuyaient – à peu près autant que les cours d’éducation civique en primaire.

Il en aurait sans doute été autant si on avait évoqué cette hypothèse : la nature n’est pas un éternel recommencement, elle est un choix quotidien.

Chesterton étend son idée aux fleurs : « il se peut que se ne soit pas la nécessité automatique qui fasse toutes les pâquerettes ; il se peut que Dieu fasse chaque pâquerette séparément mais n’ait jamais éprouvé de fatigue à les faire ».

image anti-stress.jpg

Selon une étude sérieuse, regarder des images de nature apaise le stress. Vous fixerez donc ces pâquerettes pendant 3 minutes.

Ne regardera-t-on pas les fleurs et les brins d’herbe différemment ?

Si l’on suit son idée, chaque fleur devient réellement digne d’admiration, car elle a été spécifiquement voulue. Elle aurait pu ne pas être.

Le second apport de cette découverte, c’est la place de choix donnée à la monotonie.

Qui a envie de valoriser la monotonie, la répétition de nos jours ?

On nous pousse plutôt au changement : « Changez de vie ! ». Et si celui qui ne se lasse pas des répétitions avait tout simplement su conserver cette faculté de l’enfance qui s’émousse à l’âge adulte ? Et même : et si cette inclinaison des enfants pour le « encore ! » n’était pas une tendance un peu risible liée à leur immaturité, mais une qualité d’émerveillement que nous serions bien avisés de ne pas perdre ?

Je vais prendre un exemple personnel et très prosaïque. Je suis depuis plusieurs mois une « routine matinale« . C’est très à la mode ; je reconnais avoir été d’un suivisme complet sur ce point. Cette répétition à la fois me sécurise et, aussi, créé une surprise – celle, chaque matin, de me tenir à mon programme. Il y a un suspense chaque jour, puisque, plusieurs fois par semaine, je me demande si je vais avoir le courage de me lever un peu plus tôt, dès que le réveil sonnera ; si je vais avoir envie de réfléchir à ma journée ; si je vais avoir le courage de commencer mes 10 minutes de sport – et même, une fois l’exercice commencé, si je vais arriver au bout.

Je retrouve ici, sur un exemple assez « bas de gamme », j’en conviens – si j’avais lu Kant, je trouverais des illustrations plus élaborées, cette idée de Chesterton notée dans mon précédent post : que nous avons besoin d’une vie sécurisante et en même temps aventureuse. Que nous pouvons vouloir les deux morceaux d’un paradoxe.

 

 

 

 

 

 

 

 

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