4 voies vers le bonheur avec G. K. Chesterton

Entendre maintes fois cette phrase de Chesterton – « Le monde moderne est plein d’idées chrétiennes devenues folles » – citée dans les médias dès qu’un débat sur le monde moderne s’ouvre, j’ai eu envie de lire « Orthodoxie », l’un de ses ouvrages.

Je ne connaissais rien de Chesterton – ni son visage, ni ses dates, ni son créneau littéraire. « Orthodoxie » se trouve pourtant maintenant en tête des livres qui ont modifié ma vision du monde, avec L’Archipel du Goulag.

Voici 4 passages qui m’ont frappée ; ce ne sont pas forcément les points les plus brillants de son texte, parfois ce sont des à-côtés. Peut-être suis-je, en citant une phrase plutôt que sa voisine, passée à côté de l’essentiel. Peu importe. Si on y trouve une raison d’ouvrir ce livre, ce sera bien. Chesterton ayant également été illustrateur, c’est l’un de ses dessins qui agrémente cet article.

 

1) Nous avons besoins d’être rassurés et d’être étonnés

« Presque tous ceux que j’ai jamais pu rencontrer dans la société au milieu de laquelle je vis souscriraient à cette proposition générale : que nous avons besoin de cette vie de roman pratique, de cette combinaison de ce qui étonne et de ce qui rassure ».

Faut-il estimer que certains ont un tempérament aventureux et ouvert au risque et d’autres un tempérament casanier et prudent ?

Chesterton indique que l’homme occidental a toujours désiré une vie « active et imaginative, pleine d’une curiosité poétique ». Il désire être heureux dans ce monde « sans s’y trouver tout à fait à l’aise ».

Chesterton ne cherche pas à démontrer cela, il le prend comme une évidence.

Ce constat permet de comprendre simplement ce qui contribue à notre bonheur : il faut de la surprise, mais qu’on se sente en sécurité. L’idée qu’il soit normal de ne pas se trouver tout à fait à son aise dans le monde, que Chesterton développe plus loin dans son livre, est également réconfortante : il est normal de se sentir un peu étranger au monde.

 

2) Celui qui dit : « Je crois en moi » est un imbécile

« Un éditeur me dit de quelqu’un : ‘Cet homme ira loin ; il croit en lui’. Chesterton répond : « Les hommes qui croient réellement en eux-mêmes sont tous dans des asiles d’aliénés » (…) Il serait beaucoup plus vrai de dire qu’un homme échouera certainement parce qu’il croit en lui-même » (Chap. II, Le Fou)

Les gens qui disent : « Je réussis parce que je crois en moi » me semblaient un peu effrayants. Maintenant je sais pourquoi : c’est parce qu’ils tournent à vide.

3) Celui qui utilise trop sa raison est… fou

« C’est l’homme heureux qui fait des choses inutiles ; l’homme malade n’a pas assez de forces pour être oisif. C’est exactement ces actions insouciantes et sans cause que le fou ne pourrait jamais comprendre car le fou (comme le déterministe) voit généralement en tout beaucoup trop de causes » (Chap. II, Le Fou).

Cette réflexion sur un emploi immodéré de la raison est utilisé par Chesterton pour critiquer le déterminisme et le matérialisme. Cependant, je me permets de m’en servir pour un cas moins philosophique.

J’avais un collègue bizarre : si on le mettait en copie d’un e-mail, il suspectait l’expéditeur de vouloir pouvoir lui reprocher de n’avoir pas réagi si jamais l’argumentation présentée dans l’e-mail s’avérait fausse. S’il n’était pas mis en copie, il s’imaginait qu’on voulait l’exclure du dossier. Il était paranoïaque : il voyait des causes à tout ce qui se passait – et des causes qui, évidemment, révélaient que le monde entier était contre lui.

Que préconise Chesterton ? Il qualifie le problème :

« Le fou n’est pas l’homme qui a perdu la raison. Le fou est l’homme qui a tout perdu, excepté la raison ».

Ensuite, il indique ce qu’il faudrait dire à un tel personnage :

« Combien vous seriez plus heureux si seulement vous saviez que les gens n’ont aucun souci de vous ! »

Est-ce que cette phrase ne peut pas aussi s’appliquer à nous, lorsque nous tordons notre cerveau à essayer de savoir pourquoi telle personne a agi ainsi envers nous, à tenter de comprendre ce que telle autre peut bien penser de nous ? Ce faisant nous ignorons que les autres, comme nous, sont généralement centrés sur eux-mêmes, et qu’ils n’accordent en général qu’une importance mesurée à autrui. Le plus souvent, on ne pensera pas grand chose de nous : nous pensons être au cœur des préoccupations d’un tel, mais nous sommes en réalité à l’extrême périphérie de ses pensées.

 

4) Il faut arrêter de dire : « Mon opinion n’est peut-être pas la bonne »

« A tous les coins de rue nous sommes exposés à rencontrer un homme qui profère cette assertion frénétique et blasphématoire : « Je puis me tromper ». Chaque jour vous croisez quelqu’un qui vous dit : « Bien entendu, mon opinion peut n’être pas la bonne ». Or son opinion doit être bonne sinon elle n’est pas son opinion. Nous sommes en train de créer une race d’hommes d’une tournure d’esprit trop modeste pour croire à la table de multiplication ». (Chap. III, Le suicide de la pensée).

Dans mon métier, en réunion, il est impossible que quelqu’un expose son idée sans commencer par une tournure du type : « Je parle sous le contrôle de Félix » ou « Je peux me tromper, mais… » ou « Corrigez-moi si je me trompe ».

Sous couvert de modestie – ou de discrète flatterie envers l’assistance, ces tournures sont horripilantes.

Elle présupposent que celui qui parle n’a pas bien vérifié ce qu’il va vous dire, et qu’il laisse le soin à l’assistance (ou à celui qui a été désigné comme devant « contrôler » ce qui est dit) de le corriger.

Et s’il s’avère qu’il y a une erreur dans ce qu’il dit, il vous indiquera qu’il avait bien prévenu : il n’était pas sûr de ce qu’il avançait. Et il désigne l’assistance comme co-responsable de l’erreur, puisque cette dernière était chargée (bien contre son gré) de vérifier ses assertions.

Je sais que ce n’est pas exactement ce cas de figure que vise Chesterton : il veut exposer l’incohérence qu’il y a à « croire en soi », tout en doutant de ses propres propos. Il préférerait qu’on doute de soi-même, mais pas de la vérité.

Il reste que ce passage m’a immédiatement fait penser à cette fausse humilité professée en entreprise : on ne veut être responsable de rien, pas même de son propre travail. Là réside le secret des dossiers qui n’avancent pas !

 

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