Lifestyle

Vie de quartier – Pourquoi il faut discuter avec les commerçants

Il y a près de chez moi, dans Paris, une boutique de reliure et, une rue plus loin, une librairie dont les murs, le carrelage et la devanture n’ont pas dû changer depuis les années 1970 ou 80.

La vitrine de la librairie, qui doit être renouvelée tous les mois, présente des journaux pour les enfants, des autocollants, une crèche à Noël, des poussins pour Pâques ou bien des jeux.

IMG_3282

Il y a quand on entre, derrière la porte, des cartes postales démodées qui représentent des fleurs ou de petits chiens.

Le libraire semble très vieux – il a sans doute plus de 70 ans.

Il est souvent assis sur un tabouret, derrière la caisse, en train de lire un livre.

Comme j’ai un fort penchant pour la nostalgie, c’est chez lui que je suis venue acheter mes journaux lorsque j’ai découvert sa boutique.

Après quelques achats où nos échanges se limitaient à « Ça fait 6 euros » – calculés avec une machine à grosses touches – et « merci », j’essayais de discuter un peu avec lui : « Alors, est-ce que l’affaire Fillon fait vendre plus de journaux ? – Oh pas tellement Madame, les gens ne cherchent plus à creuser les questions d’actualité… Ils se contentent de savoir que telle chose s’est passée mais ne veulent pas d’analyse ».

Je lui achetais aussi des magazines un peu plus coûteux, pour soutenir  son activité dont la rentabilité me semblait incertaine.

J’étais aussi allée deux ou trois fois chez la femme qui tient la boutique de reliure – qui, elle, ne venait pas des années 70, mais directement du XIXe siècle – bordeaux, avec des volets de protection anciens et un sol qui n’avait sans doute jamais été refait – pour y faire restaurer deux ou trois livres.

Mardi, alors que je venais récupérer l’ouvrage que je lui avais confié, elle m’indique qu’elle ferme sa boutique : le quartier est trop populaire pour son activité, elle n’a pas assez de travail, le loyer est beaucoup trop élevé… Elle s’installera dans le 9e arrondissement, avec un collègue, pour réduire les frais. On discute deux minutes des difficultés rencontrées par les commerçants indépendants et de l’évolution du quartier, où la mercerie a été remplacée l’an dernier par un bar à ongles, et une très ancienne librairie par une agence immobilière. C’est d’ailleurs une agence immobilière qui a visité ses locaux à elle. « Ils vont tout casser ».

Mercredi, je constate que la librairie du vieux monsieur est encore fermée. Cela fait au moins trois semaines maintenant qu’il y a un papier collé sur la vitrine : « Librairie fermée pour une durée indéterminée ».

Je crains un souci de santé.

Je vais voir le coiffeur qui travaille à côté : « Savez-vous ce qui est arrivé au vieux monsieur qui tient la librairie ? »

Le coiffeur me dit seulement : « Il était très fatigué ».

Le lendemain, c’est la boulangère que j’interroge : « Ah Madame, il a fait une tentative de suicide ».

Ah.

Le vieil homme avait l’air assez seul ; les horaires d’ouverture affichés sur sa porte laissaient aussi entendre qu’il devait travailler dur pour couvrir ses charges. Avait-il d’autres soucis ?

Les difficultés rencontrées par les petits commerces sont un vrai problème pour la vie d’un quartier – je ne connais personne qui souhaite avoir plus de chaînes de vêtements et d’agences immobilières et moins de fromagers, de libraires ou de merceries dans sa rue. C’est plus joli, et les personnes qui tiennent ces boutiques y sont vraiment attachées : c’est leur affaire, et pas celle d’un grand groupe. Elles sont là tant que dure leur commerce – alors que les salariés des chaînes tournent avec les CDD.

Mais enfin, que l’on aille dans l’un ou dans l’autre type de commerce, il semble important de ne pas se comporter juste comme un consommateur qui vient acheter un bien, mais d’essayer de discuter, de temps en temps, avec la personne derrière le comptoir.

Le sort de mon libraire n’a pas été changé par les quelques mots que nous avons échangés, mais je préfère avoir eu l’occasion de lui parler. J’espère le revoir bientôt.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s