2 erreurs à éviter au bureau

IMG_3175

Écrire « merci de »

La formule « merci de » (« merci de me répondre » ; « merci de me faire une photocopie ») fleurit dans les e-mails.

Le destinataire de l’ordre – car c’en est un – est-il content qu’on s’adresse à lui de la sorte ? C’est peu probable même si, la formule étant employée par beaucoup de monde, il n’aura pas pris le temps d’analyser les effets désagréables que ces deux mots auront produit sur lui.

Pourquoi « merci de » est-il détestable ?

Vous voulez demander quelque chose à quelqu’un. Vous aviez, avant l’émergence du « merci de », deux possibilités : l’impératif (« Traite ce sujet ») ou la question (« Peux-tu traiter ce sujet ? »).

La question est évidemment moins violente, même si la réponse par la négative n’est pas vraiment permise (vous êtes le chef et vous vous adressez à un subordonné, par exemple). Le destinataire, même s’il n’a pas le choix (il sait qu’il devra traiter le sujet), voit sa liberté, au moins en apparence, respectée. S’il répond « oui », il aura l’impression de rendre un service utile. Il obtiendra, APRÈS COUP, un remerciement. Et si jamais il doit répondre « non » (il ne peut pas, car il est sur Facebook), on lui en laisse la possibilité.

L’impératif a le mérite de la clarté : c’est un ordre. Pas très agréable – surtout par écrit, d’où le fait qu’il n’est quasi-pas employé dans les e-mails – mais si on y défère, on obtiendra APRÈS COUP, un remerciement. Ce qui peut être traduit, par exemple sur un écriteau, par : « Fermez la porte. Merci ».

Sans doute pour éviter l’impératif tout en obtenant les mêmes effets que ce dernier, quelqu’un a inventé le « merci de ».

On n’a pas le caractère agréable de la question « peux-tu ».

Et on sent que la phrase, même si l’impératif n’est pas employé, est encore plus désagréable à recevoir.

Pourquoi ?

D’abord parce que le « merci de » est très hypocrite : on donne un ordre sec sous couvert de politesse – mais ce n’est pas parce qu’on écrit « merci » qu’on est gentil. Comme avec l’impératif, si je vous dis « merci de fermer la porte », vous sentez bien que vous n’avez pas le choix.

Le « merci » est ici un faux remerciement : comment remercier alors que la tâche n’est pas encore accomplie ? Si je dis « merci de répondre à M. Untel », je prétends faire d’une pierre deux coups : donner l’ordre et remercier, par avance, de son exécution. Comme si je n’avais pas vraiment envie de remercier pour le travail qui sera réellement fait, comme si je n’avais pas envie de voir si ce sera bien fait. En écrivant ça, je me fiche du résultat : ce qui compte c’est que le destinataire exécute mon ordre. En bref, qu’il voie que je peux lui donner des ordres.

Et je ne lui laisse pas la possibilité de refuser : je suis tellement sûr d’être obéi que je vais jusqu’à remercier par avance, non pas pour le travail qu’il aura accompli, mais pour sa docilité.

Le « Merci de  » ne porte pas sur la qualité de la réponse (puisque la réponse n’est pas encore faite), mais sur la docilité – et ici, j’ai envie de dire : la servilité obligée – du destinataire.

« Merci de traiter ce dossier » ne veut donc pas dire « je te remercie, par avance, pour la qualité du travail que tu produiras » (ce qui serait curieux mais déjà plus sympa) mais : « je te remercie pour la rapidité avec laquelle tu obtempèreras à mon ordre, car je suis  content de pouvoir t’en donner ».

Voilà pourquoi je trouve que cette formule est irrespectueuse. D’ailleurs, iriez-vous dire « merci de » à votre n+2 ? Non. Alors évitons-là avec tout le monde. Le « peux-tu » est tellement plus respectueux de la liberté de chacun : il laisse la possibilité de dire « non ».

Et il laisse la possibilité de vraiment remercier celui qui vous aura aidé : une fois le travail accompli.

 

Dire « bon appétit »

On s’attaque à un mammouth, à l’inséparable ami des débuts de repas à la cantine. Le risque est grand de vexer celui qui ne conçoit pas un déjeuner sans cette formule de lancement.

« Bon appétit ! » vous lance, jovial, votre cobureau à la cantine. Et si vous ne lui répondez pas « bon appétit » en retour, il vous trouve mal élevé. Pourtant, c’est lui qui l’est.

Pourquoi?

Pourquoi les sites de savoir-vivre sont-ils unanimes sur ce point ?

On pourrait très légitimement dire : parce que c’est comme ça. Les règles de savoir-vivre en société, si elles s’expliquent parfois rationnellement (mettre ses pieds sur la table n’est pas très élégant), sont parfois plus difficiles à expliquer (on ne coupe pas sa salade avec son couteau).

Et ce n’est pas parce que la règle du couteau et de la salade a surgi à une époque où les couteaux s’abîmaient au contact de la sauce de salade qu’on doit l’abandonner aujourd’hui. Parce que toutes ces règles sont aussi des signes d’appartenance à une même société – ce qu’on appelle le « vivre-ensemble ». Donc, même arbitraires, il est bien de s’y tenir, quand on les connaît.

La prohibition du « bon appétit » fait partie de la première catégorie : celles qui s’expliquent. L’appétit renvoie à ce qu’on ingurgite, et donc la digestion. Ce n’est pas une évocation très plaisante. D’ailleurs, quasiment toutes les règles de la tenue à table ont pour objectif d’éloigner la bête qui sommeille en chaque homme, et de réduire à peau de chagrin la part d’animalité qu’il y a à se nourrir.

On se tient droit et on ne fait pas de bruit en mangeant = on s’éloigne de l’image du chien qui lape sa gamelle.

On ne remplit pas son verre à ras-bord = on conjure l’image de la bête assoiffée qui ne peut se restreindre.

En gros, on se maîtrise, chose que le « bon appétit », en indiquant qu’on va joyeusement se remplir la panse, ruine dès le début du repas.

Si on se résume : merci de ne plus dire bon appétit.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :