J’arrête les magazines féminins

Il faut le lire pour le croire :

« Depuis deux ans, nous vivons une ère de rupture, confirme Sophie G., consultante pour l’agence de tendances Dragon Rouge, avec une vraie crise de confiance. Le fil rouge ? La quête de vérité, de sincérité, de liberté, de pureté et d’émotionnel. Ce qui n’empêche pas les nouvelles croyances et les contradictions. D’un côté, on invoque une nature primaire, sauvage, voire baroque et exubérante, on prône le retour aux rituels ancestraux et à la lenteur ; de l’autre, on assiste à l’ubérisation de la beauté, avec ce que j’appelle l’ère clic-clac : un problème, une solution, de l’ultra-simple, du fun, du binaire, du rapide, de l’appli, de l’instragramable ».

C’est par charité que je n’ai pas mentionné le nom de famille de l’auteur de cette citation ; par charité aussi que je n’indique pas le nom de l’auteur de l’article dans lequel elle s’insère. Ça se trouve dans « Madame Figaro », dont j’ai hérité ce week-end pour avoir été intéressée par le « Guides chambres d’hôtes » du Figaro Magazine, vendu avec.

Cela me rappelle que cela fait au moins trois ans maintenant que j’ai décidé de ne plus acheter de magazines féminins.

Après une consommation hebdomadaire tantôt de Biba, tantôt de Elle, de Femme Actuelle ou de Grazia, j’ai fini par éprouver une sensation de dégoût devant ces pages de conseils débiles (et pas très honnêtes quand il s’agit de conseiller des produits, puisqu’on n’y trouvera jamais une critique négative), de sélection de vêtements même pas beaux et d’articles assez prétentieux sur la meilleure façon de diriger sa vie.

Les pages beauté tenaient le pompon : la phrase de Sophie G. est d’ailleurs tirée des pages « beauté » de Madame Figaro.

Ça se veut philosophique, ça ne veut rien dire.

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Cosmétosceptique ? Tu métonnes…

Chaque article compte 25 mots en pseudo-anglais (healthy, pulpy, slow, glow, trendy… l’article précité ose même : « elle filtre l’oxygène en team avec les cellules souches de marube blanc » – inimitable) ; une dizaine d’expressions toutes faites (« gorgé d’actifs », « gestion du stress »), une utilisation illimitée du « on » (« on » bichonne sa peau, « on » réveille ses cellules, etc) et quantité de termes pseudo-scientifiques (toujours dans le même article – décidément, une bible – je trouve : « une encre thermochromique qui absorbe la lumière », mais aussi « un état sophroliminal » et le « nœud musculaire »).

Mais qui peut lire ça sans rire ? Sans se rendre compte que le but recherché n’est pas de donner des conseils, mais de donner envie à la lectrice d’acheter les produits complaisamment vantés dans l’article ? Personne peut-être, et pourtant ça se vend, sous couvert de « détendre » et de « changer les idées ». A la longue cependant, ces lectures ne sont pas si innocentes que ça.

Les articles dessinent le portrait d’une femme-type – plutôt jeune, assez riche pour s’offrir les produits présentés et pour fréquenter les instituts mentionnés, pour acheter les vêtements photographiés, pour adopter le mode de vie décrit (« j’ai 85 ans mais je n’ai pas renoncé à séduire ») – auquel personne ne correspond mais auquel, à force de répétition, la lectrice se sentira forcée de correspondre.

Prenons la « lutte anti-âge » : je passe sur le fait que ces articles peuvent donner envie d’acheter des crèmes dont chacune sait bien qu’elle ne réduira pas ses rides. Depuis quelques temps, c’est carrément la chirurgie qui est vantée dans ces magazines : l’air de rien, le magazine vous indique la liste des interventions qu’il est possible de réaliser à 35 ou 60 ans, en vous parlant de « coup d’éclat », ou de se sentir mieux dans sa peau. Genre : c’est trois fois rien, on en a toutes besoin. Un petit peeling, vous aurez bonne mine, on vous demandera si vous rentrez de vacances.

Quelle image renvoient ces femmes qui, actrices ou inconnues croisées dans le métro, ont une bouche visiblement un peu trop figée ou un visage gonflé comme une grosse pomme? Ou ces hommes – il y en a dans les médias – qui finissent invariablement par ressembler à de vieilles femmes ? Au fond, je pense que c’est angoissant pour les jeunes. Cela donne l’impression que c’est vraiment horrible de vieillir. Et quel est le message adressé à ceux qui n’ont pas recours à ces techniques ? Qu’il est indécent de ne pas cacher ses rides ?

Surtout qu’on ne le dira jamais assez : le botox se voit, et si on pouvait tromper sur son âge, ça se saurait. Une intervention n’a jamais donné dix ans de moins, parce que le vieillissement ne se traduit pas seulement par les rides, mais aussi par la démarche, par la voix, par la qualité des cheveux, par le blanc de l’oeil qui devient plus opaque.

Il y a sans doute une vraie forme d’immaturité – en plus que d’indécence, quand on voit à quoi l’argent dépensé pour ses rides pourrait servir – à ne pas s’accepter vieillissant. A ne pas avoir intégré que l’homme est un être fini, avec un début, une apogée, et une longue descente vers la fin. Que le corps se dégrade assez vite, mais que cette dégradation doit aussi être prise pour un appel à accepter ses limites, et à passer moins de temps à des futilités.

Quel soulagement ça doit être quand on parvient à cette acceptation. Il doit être plus facile d’y arriver quand on n’est pas relancé par des magazines qui vous indiquent que vous seriez mieux avec un petit geste « coup d’éclat ». Comme dirait un proche : « il faut arrêter d’engraisser les auteurs de ces débilités ». Dont acte.

PS : pour vous qui avez lu cet article jusqu’au bout, en bonus, les meilleurs conseils anti-âge : couchez-vous tôt, faites du sport, mettez du rouge à lèvres et arrêtez les imprimés panthère. Et voilà, vous pouvez résilier votre abonnement à Grazia. Merci qui ?

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