Syrie, 2010

Il y a sept ans : tour de Syrie avec un guide.

Le patrimoine français connaît peu de rivaux ; à côté de la France, les Etats-Unis font figure de pays très récent – étudiante là-bas il y a quelques années, des amis américains avaient été très fiers de me montrer le bâtiment le plus ancien de la ville : c’était une église du XIXe siècle.

Mais à côté de la Syrie, l’histoire française ne m’avait plus parue si ancienne que ça.  Les ruines d’Ebla datent du IIIe millénaire. Tout là-bas, les gens, les monuments, donnait l’impression d’un pays extrêmement civilisé et raffiné.

Un an après notre voyage, nous pouvions comparer avec les photos diffusées sur internet les avant-après des hôtels où nous avions dormi – la salle du petit déjeuner carbonisé – et des sites que nous avions visités – le souk d’Alep en ruines.

Le plus étrange, c’est que nous savions, grâce aux gens que nous avions rencontrés là-bas, que ce conflit allait éclater un jour.

Le régime était, et est encore, une dictature : on nous avait bien dit de ne pas mentionner le nom du président dans les taxis, de ne pas parler de politique. Mais les locaux avaient parfois été plus prolixes. Pour résumer, ils s’accordaient à dire que la corruption du régime était un problème. Mais, nous avait-on aussi dit : si ce n’est pas Assad qui est au pouvoir, ce sera le tour des islamistes. Si on quitte la dictature, si des élections ont lieu, les islamistes l’emporteront. Nous avions visité le site d’anciennes villes chrétiennes, comme Qalb Loze : les croix de pierres qui avaient orné les maisons étaient à terre. Ce sont sans doute des islamistes qui ont fait ça, nous avait dit le guide. Mais le régime, avait-il ajouté, les poursuit (était-ce vrai ? Était-ce dit par prudence, par obligation ? je n’en sais rien, mais cela a été dit). Les minorités chrétiennes que nous avions rencontrées nous avaient aussi raconté leur vie : tout n’était pas parfait, mais on les laissait suivre leur culte. Les églises étaient débout.

Quand la « révolution » a éclaté, nous avons repensé à ce que nous avions entendu sur place. D’emblée, le « printemps du peuple » semblait un peu trop beau pour être vrai. Qui étaient ces gens qui défilaient dans les rues, que voulaient-ils, à qui laisseraient-ils la place ? Qui pouvait prétendre le savoir, chez nous ? On a fait comme si tout valait mieux forcément mieux qu’un dictateur. Mais il y a parfois pire que la dictature – on admet aujourd’hui que le renversement de Khadafi n’a pas amélioré la situation en Lybie. La Syrie que nous avons vue était en paix ; des archéologues du monde entier se relayaient sur les sites pour dégager ce qui ne l’avait pas encore été (des Polonais travaillaient, accroupis sur le sol, dans la forteresse de Saône quand nous y sommes passés), car le pays commençait à s’ouvrir au tourisme.

Pourquoi, alors qu’un simple séjour touristique sur place nous avait suffi pour nous montrer prudents sur la tournure des événements de 2011, des chefs d’État, des médias, censés être mieux informés que le grand public, ont-il montré le plus grand enthousiasme devant ces foules ? Peu ont pris le temps de la réflexion, pour attendre de voir comment les choses tourneraient. Pourquoi si peu de prudence ?

Parfois, on aimerait être sûr que ceux qui nous gouvernent font les choses au mieux, même quand on ne comprend pas les ressorts de leur action – on aimerait penser qu’ils disposent d’informations dont le grand public n’a pas à connaître, et que dans quelques années on comprendra pourquoi ils ont pris telle décision qui nous semblait curieuse. On aimerait.

 

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