Comment moins critiquer ses collègues

On a vu surgir il y a quelques années le concept de bienveillance en entreprise.

Enfin, on allait un peu faire pencher la balance du côté de l’attention portée aux salariés, aux cadres, aux dirigeants… Bref, à tous ceux qui font qu’une entreprise est performante.

Et puis las, la plupart du temps, il faut bien reconnaître que la « bienveillance » était surtout demandée aux participants des réunions de réflexions sur l’avenir de telle direction, parce que les décisions étaient déjà prises, qu’on ne réunissait les uns et les autres que pour les laisser gentiment s’exprimer et éviter qu’ils ne fassent pas part d’opinions trop radicales. Être « bienveillant » c’était rester dans un flou bien consensuel.

La bienveillance utilisée de cette façon n’est pas le propos du jour. On va essayer d’être plus concret, en la prenant sous un angle précis : celle de la médisance entre collègues. En entreprise, impossible d’y échapper, c’est un sport national. On évacue la pression en critiquant son chef ; on se rend intéressant en répétant des propos peu amènes ; on se rassure en dénigrant le travail du bureau d’à côté. C’est humain, mais si on avait le choix de ne pas éprouver ce besoin de « tailler » les autres, on cocherait la case sans hésiter.

Ici, juste quelques pistes pour tenter de s’améliorer dans ce domaine. D’abord, 3 raisons pour lesquelles il vaut mieux éviter de critiquer ses collègues. Ensuite, si cela vous a convaincu, 5 astuces pour essayer d’y parvenir.

3 raisons de ne pas critiquer ses collègues

N°1 : Parce que cela freine votre carrière

Regardez les personnes qui occupent des postes à responsabilités autour de vous : les entendez-vous parler des autres à longueur de journée ? Non. Si c’est le cas, si vous avez un chef qui critique sans arrêt les uns ou les autres, quelle image trouvez-vous que cela donne de lui ? Celle de quelqu’un qui a confiance en lui ? Sans doute pas. Un haut responsable qui colporterait des ragots donnerait l’impression de s’abaisser à des choses qui ne sont pas de son niveau. Et baisserait dans l’estime de ses subordonnés.

Vous, c’est pareil : comme on le dit souvent, il faut se comporter et s’habiller non pas pour le poste qu’on occupe, mais pour celui qu’on vise. Il est admis que les personnes qui « montent » ne sont souvent pas les plus compétentes, mais celles qui se comportent comme il faut se comporter dans le monde du travail – ne pas être un facteur de mauvaise ambiance, ne pas se plaindre sans arrêt. C’est sans doute dur quand sa vie en entreprise est un enfer et qu’on ne parvient pas à trouver un autre poste. Dans ce cas, passez au n°2.

N°2 : Parce que cela vous déprime

Comment se sent-on après avoir dit pis que pendre d’untel ? Peut-être soulagé, mais, au fond, pas forcément très content de soi. Dire des choses négatives déprime ; dire des choses positives remonte le moral. Autant ne pas ajouter de la déprime à la dépression quand son quotidien au travail ressemble déjà au bagne.

Et on ne parle même pas du cas où votre critique aura été répétée à l’intéressé. La déprime sera alors parfaite. Vous vous retrouverez au milieu de petites histoire de niveau assez bas, et serez à votre tour l’objet de discours peu sympathiques. Au secours.

N°3 : Parce que cela vous prend trop de temps

Tout le monde sait qu’il vaut mieux avoir l’air occupé au bureau. Quand ce n’est pas le cas, les spécialistes de l’esbroufe vous donneront leurs meilleurs conseils : marcher vite dans les couloirs avec un dossier sous le bras ; laisser des piles de dossiers sur son bureau ; laisser une veste en permanence sur sa chaise pour donner l’impression d’une présence perpétuelle ; ajouter des réunions fictives à son agenda Outlook…

Heureusement, les gens vraiment utiles n’ont pas besoin d’en arriver là. Par contre, vous pouvez avoir vraiment du travail et donner l’impression de ne pas en avoir assez si vous passez 30 mn à discuter du cas d’untel. Et si on s’est répandu une fois sur l’arrogance de X ou sur la sournoiserie de Y, il ne faut pas trop se plaindre que de bonnes volontés viennent vous voir, un jour où vous serez très occupé, pour vous donner les derniers déploiements de l’affaire.

5 astuces pour ne plus critiquer ses collègues

N°1 : Utiliser d’autres sujets de conversation

Il faut être réaliste : parler des autres est une occupation intéressante. Et quand c’est en mal, cela devient hélas réjouissant. Il est souvent difficile de réellement s’intéresser à des sujets plus neutres qui touchent vos collègues, comme la scolarité de leurs enfants ou la maladie de leur mère. C’est vrai, il faut se forcer un peu. Alors qu’il n’y a pas à se forcer pour dire du mal d’un collègue qu’on ne supporte pas.

Un dérivatif utile quand on veut limiter ses propres médisances sont les faits divers : ça intéresse beaucoup de gens, et c’est sans risque. Comme le ragot, le fait divers, en permettant de s’étonner que les autres soient si affreux, permet de se rassurer sur sa propre normalité. On peut aussi, avec plus de précautions, commenter l’actualité politique, les scandales divers et variés. Si on ne fait pas attention, on peut, comme on dit, heurter des sensibilités – mais ce sera toujours moins douloureux qu’une critique reçue sur sa propre personne.

N°2 : Rentabiliser sa pause déjeuner

Souvent, c’est la pause déjeuner qui constitue le véritable piège à médisances. La pression se relâche, et on vide son sac. S’il est trop difficile de tenir sa langue à ce moment-là, on peut décider de rentabiliser sa pause-déjeuner en faisant autre chose à la place.

Il y a par exemple des gens qui vont courir à ce moment-là (si vous avez une douche dans les parages, évidemment), puis qui déjeunent en 10mn d’un sandwich. Ils reviennent à leur bureau satisfaits d’avoir fait quelque chose d’utile. On peut aussi aller marcher, aller faire des courses… Bref, passer seul sa pause déjeuner : une ou deux fois par semaine, on ne passe pas pour un asocial.

Ou alors déjeuner avec des personnes extérieures à l’entreprise : vous pourrez parler de la personne dont vous pensez le plus grand mal mais sans risque que ce soit répété ; et vous verrez, comme votre interlocuteur ne connaît pas vos collègues, vous serez plus modéré dans vos propos.

Et vous vous rendrez peut-être compte que vous faites une montagne de pas grand chose. C’est le conseil n°3.

N°3 : Parlez de l’objet de vos pensées avec quelqu’un qui ne le connaît pas

Votre chef vous insupporte. Il est incompétent, sournois et laid. Vous avez usé vos collègues en vous plaignant de lui. Que faire ? Trouvez-vous une autre victime : un tiers, extérieur à l’entreprise, qui ne connaît pas la personne haie.

Déjà, vous serez obligé de clarifier vos critiques, pour que la personne comprenne bien ce qui cloche avec votre ennemi – alors qu’avec vos collègues unis dans la même haine que vous, vous vous comprenez à demi-mot. Un soupir suffit pour dire :  » Il a encore volontairement oublié de me mettre en copie ».

En clarifiant vos critiques (« il ne m’a pas mis en copie, le traître »), vous vous rendrez peut-être compte qu’elles ne sont pas si importantes que ça. La baudruche (si c’est est une) se dégonflera toute seule.

Vous verrez peut-être aussi poindre dans les yeux de votre interlocuteur un vague ennui. Vous comprendrez que le fait que Claudine ne vous ait pas mis « bonjour » dans son mail ne l’intéresse pas vraiment. Vous aurez un peu honte.

Et puis, votre interlocuteur vous racontera peut-être ses propres ennuis : on le harcèle férocement pour le pousser à la démission ; il vient de perdre son chat… Vous relativiserez.

N°4 : Trouver une qualité pour un flot de critiques

Malgré tous ces conseils, vous avez encore sombré ? Vous avez passé 20 mn à dire du mal de votre voisin de bureau ? La prochaine fois, ajoutez à la litanie des critiques un aspect positif.

Forcez-vous. Dites « Bon, c’est vrai qu’il a plein de défauts, il pique dans les caisses et harcèle les gens, mais au moins il ne parle pas fort au téléphone ». Ce sera déjà ça.

Si l’intéressé apprend tout le mal que vous avez dit de lui, et vient vous en demander des comptes, vous pourrez lui dire : « J’ai aussi dit du bien de toi, en disant que tu ne parlais pas trop fort au téléphone. Je suppose que cela ne t’a pas été répété ? ». Ouf.

N°5 : Leur dire les choses en face

Enfin, on n’y pense pas souvent mais si cette semaine vous vous êtes plaint 20 fois de Claudine aux autres, peut-être serait-il utile qu’un jour vous alliez voir Claudine pour lui dire ce qui ne va pas ? Parfois on prend des pincettes pour expliquer quelque chose de délicat à autrui, on ne sait pas comment faire. Dans ces cas-là, dire la vérité, tout simplement, c’est aussi respecter l’autre, penser qu’il est assez grand pour l’entendre.

Avoir dit à Claudine, sans succès : « c’est incroyable comme les gens sont mal élevés aujourd’hui », pourquoi ne pas lui dire « Écoute, je suis peut-être très susceptible, mais je suis vexé quand tu ne commences pas ton mal par « Bonjour ».

Voilà, peut-être que Claudine sera un peu vexée, mais elle devrait commencer ses emails par « Bonjour » si c’est cela qui vous fait plaisir (à titre personnel, j’ai horreur des mails qui commencent par « Bonjour » sans que le nom de la personne à qui l’on s’adresse soit mentionné (« Bonjour Claudine »), mais c’est un autre sujet).

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